Face à la recrudescence des féminicides au Cameroun, l’État amorce des actions de sensibilisation et annonce une réponse sur le terrain juridique.
A travers une note de service, la ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille, Marie-Thérèse Abena Ondoa, a demandé ce vendredi 28 août, au personnel des services centraux, déconcentrés et des unités techniques spécialisées basées dans le département du Mfoundi d’arborer, tous les vendredis, un T-shirt portant le message : « Stop aux féminicides et infanticides ». Une initiative appelée à se poursuivre chaque vendredi à compter de la sortie de la note.
Cette action s’inscrit dans une campagne de sensibilisation plus large engagée par le MINPROFF. Quelques jours plus tôt, la finale de la Coupe du Cameroun de football féminin avait déjà servi de tribune à cette mobilisation. Les maillots des équipes engagées portaient notamment des messages contre les féminicides et les infanticides, faisant du football un relais de sensibilisation auprès du grand public.
Dans une récente intervention au micro de la chaine nationale, Marie-Thérèse Abena Ondoa a de nouveau alerté sur l’évolution du phénomène. Pour la ministre, la succession des cas enregistrés ces dernières années traduit une situation de plus en plus préoccupante.
« On a l’impression que tuer une femme est devenu un acte banal », déplore-t-elle, alors que plusieurs cas ont encore été signalés ces dernières semaines. Selon des données rapportées récemment, 50 féminicides avaient été enregistrés en 2023, 67 en 2024 et 77 en 2025. La tendance reste préoccupante en 2026, avec plusieurs cas recensés en quelques jours seulement.
Interrogée sur les mesures prises par l’État, la ministre rappelle la révision du Code pénal intervenue en juillet 2016, présentée comme une évolution importante dans la protection des femmes et des enfants.
Mais le gouvernement travaille également, depuis plusieurs années, à un projet de loi consacré aux violences faites aux femmes et aux enfants. Selon les déclarations de la ministre, ce texte se trouve actuellement au niveau des services du Premier ministre, où des réunions sont organisées afin d’harmoniser son contenu avant son éventuelle transmission au Parlement.
L’objectif affiché est de renforcer la réponse apportée aux auteurs de violences. La ministre évoque ainsi la nécessité de « sanctionner de la plus belle manière » ceux qui commettent ces crimes.
Cette perspective intervient dans un contexte où le cadre juridique camerounais ne reconnaît pas encore explicitement le féminicide comme une infraction autonome. La réflexion engagée autour d’une législation spécifique vise donc notamment à mieux prendre en compte les violences basées sur le genre et à renforcer la protection des femmes.
T-shirts, campagnes dans les stades, mobilisation des médias et projet de loi : l’action publique s’organise ainsi sur plusieurs fronts. Mais face à la multiplication des drames, la question dépasse désormais celle de la visibilité du phénomène. Elle porte sur la capacité des mécanismes de prévention, de signalement, de protection et de sanction à intervenir avant que les violences ne deviennent irréversibles.
La réponse de l’État se construit donc encore. La sensibilisation permet de nommer le problème et d’alerter l’opinion. Le projet de loi attendu lui, pourrait marquer une nouvelle étape dans la protection des droits des femmes et des enfants. Mais en attendant, on peut se poser la question de savoir qui stoppe les cas de féminicides au Cameroun ?
Danielle Douanla (Stagiaire)
Publié le : 29/08/2026 à 12h12