Yvette Roudy, première ministre française des Droits de la femme, est décédée le 18 août 2026 à Cabestany, dans les Pyrénées-Orientales, à l’âge de 97 ans. Figure majeure du féminisme politique français, elle a consacré plusieurs décennies de sa vie à faire de l’égalité entre les femmes et les hommes un enjeu politique et institutionnel.
Née le 10 avril 1929 à Pessac, en Gironde, dans une famille ouvrière, Yvette Roudy connaît une trajectoire qui tranche avec les parcours politiques traditionnels. Elle reprend ses études grâce aux cours du soir et obtient son baccalauréat avant d’entrer dans la vie professionnelle. Son engagement féministe prend véritablement forme au début des années 1960, lorsqu’elle rejoint le Mouvement démocratique féminin.
Avant d’occuper les bancs du Parlement et les couloirs des ministères, Yvette Roudy travaille notamment comme traductrice. En 1964, elle traduit en français The Feminine Mystique de l’Américaine Betty Friedan, un ouvrage majeur de la pensée féministe contemporaine. Elle traduit également des textes consacrés à Eleanor Roosevelt. Ce travail participe à faire circuler en France des réflexions nouvelles sur la condition des femmes.
Son engagement la rapproche alors de François Mitterrand. Elle participe à sa campagne présidentielle de 1965 avant de poursuivre son parcours au sein de la gauche puis du Parti socialiste. En 1977, elle devient secrétaire nationale du Parti socialiste chargée de l’action féminine. Deux ans plus tard, elle est élue au Parlement européen et participe à la création de la Commission des droits des femmes, qu’elle préside.
L’élection de François Mitterrand à la présidence de la République en 1981 marque un tournant dans son parcours. Yvette Roudy est nommée ministre des Droits de la femme, fonction qu’elle occupe de 1981 à 1986 dans les gouvernements de Pierre Mauroy puis de Laurent Fabius. Le ministère dispose alors de moyens et d’une administration dédiée, donnant une nouvelle dimension institutionnelle aux politiques en faveur des femmes.
Son passage au gouvernement est notamment marqué par deux textes devenus emblématiques. La loi du 31 décembre 1982 permet le remboursement de l’IVG par l’assurance maladie. Quelques mois plus tard, la loi du 13 juillet 1983, dite « loi Roudy », consacre le principe de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes et s’attaque aux discriminations dans le monde du travail.
Yvette Roudy contribue également à donner une reconnaissance officielle en France au 8 mars comme journée consacrée aux droits et aux luttes des femmes. En 1984, elle met par ailleurs en place une commission consacrée à la féminisation des noms de métiers, grades et fonctions, présidée par l’écrivaine Benoîte Groult.
Son départ du gouvernement ne signifie pas la fin de son engagement. Élue députée du Calvados en 1986, elle devient maire de Lisieux en 1989, fonction qu’elle exerce jusqu’en 2001. Elle retrouve également les bancs de l’Assemblée nationale entre 1997 et 2002.
Dans les années 1990, son combat se déplace notamment vers la question de la représentation politique. En 1992, elle crée l’Assemblée des femmes pour promouvoir la parité dans les institutions. En 1996, elle participe au « Manifeste des dix pour la parité », signé par dix anciennes ministres issues de la gauche et de la droite, parmi lesquelles Édith Cresson et Simone Veil.
Elle poursuit également son travail d’écriture et de réflexion sur la condition des femmes, avec notamment La Femme en marge, À cause d’elles et Mais de quoi ont-ils peur ? Un vent de misogynie souffle sur la politique. Jusqu’à un âge avancé, elle continue de prendre position sur les combats féministes contemporains, notamment sur les violences faites aux femmes et le mouvement #MeToo.
Avec sa disparition, la France perd ainsi une femme politique qui aura contribué à faire passer les droits des femmes du registre des revendications militantes à celui des politiques publiques. Son héritage se retrouve dans des avancées devenues aujourd’hui familières, mais qui ont été, en leur temps, de véritables batailles politiques.
Danielle Douanla (Stagiaire)
Publié le : 21/08/2026 à 15h56