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De vendeuse d’abonnements à quinze ans à première femme africaine vice-présidente de la Chambre de commerce internationale, l’entrepreneure camerounaise a bâti en trois décennies l’un des parcours les plus singuliers de l’écosystème numérique du continent.

Le 11 juin 2026, au siège parisien de la Chambre de commerce internationale (CCI), une institution vieille de plus d’un siècle et représentant plus de 45 millions d’entreprises dans 170 pays a inscrit un nom africain à son sommet pour la première fois. Aux côtés du nouveau président, l’industriel indien Harsh Pati Singhania, le Conseil mondial de la CCI a élu Rebecca Enonchong au poste de vice-présidente. Fondatrice et PDG d’AppsTech, présidente d’AfriLabs, la Camerounaise devient ainsi la première femme africaine à occuper une telle fonction dans l’histoire de l’organisation.

Cette consécration parisienne n’est que le dernier chapitre d’un parcours entamé loin des salons feutrés du commerce international.

 

Des porte-à-porte au campus de Washington

Rebecca Enonchong naît le 11 juillet 1967 dans la région du Sud-Ouest du Cameroun, fille du Dr Henry Ndifor Abi Enonchong, avocat qui a participé à la création du Barreau camerounais. Adolescente, elle quitte le Cameroun pour les États-Unis avec sa famille. C’est là, dès l’âge de quinze ans, qu’elle commence à démarcher du porte-à-porte pour vendre des abonnements à un journal, une expérience qui révèle vite ses aptitudes : à dix-sept ans, elle est déjà manager au sein de cette même entreprise.

Elle poursuit ses études à l’Université catholique d’Amérique, à Washington, où elle décroche une licence en sciences puis une maîtrise en économie. Diplômée, elle entre dans la vie professionnelle par la grande porte, en travaillant pour la Banque interaméricaine de développement puis pour l’éditeur de logiciels Oracle Corporation, un passage qui la familiarise avec les rouages des applications d’entreprise et du monde du logiciel professionnel.

 

1999 : la naissance d’AppsTech

C’est fort de cette expérience qu’elle fonde, en 1999, AppsTech à Bethesda, dans le Maryland. L’entreprise se spécialise dans les solutions globales pour applications d’entreprise et devient, au fil des années, partenaire Platinum d’Oracle, desservant des clients dans plus de quarante pays. AppsTech ouvre des bureaux dans plusieurs pays, dont le Ghana en 2001 puis le Cameroun en 2002, une implantation camerounaise qu’elle décrira elle-même comme particulièrement éprouvante, au point d’avoir conduit à la fermeture de certaines filiales.

Dès 2002, sa réussite entrepreneuriale attire l’attention du Forum économique mondial de Davos, qui la nomme « Global Leader for Tomorrow », aux côtés d’autres figures de la tech comme le cofondateur de Google Larry Page ou le patron de Salesforce Marc Benioff.

 

De l’entreprise au militantisme pour la tech africaine

Mais c’est au-delà de sa seule entreprise que Rebecca Enonchong construit sa réputation continentale. En 2010, elle lance à Douala ActivSpaces, un espace destiné à donner aux jeunes entrepreneurs technologiques camerounais un environnement pour développer leurs projets, installé dans la région surnommée la « Silicon Mountain ». L’année suivante, en 2011, elle crée AfriLabs, réseau panafricain de centres d’innovation qui fédère aujourd’hui plusieurs centaines de hubs technologiques répartis dans des dizaines de pays africains. Elle en devient présidente du conseil d’administration en avril 2017, un mandat renouvelé en 2019 et qu’elle occupera jusqu’en 2021.

Sur les réseaux sociaux, sous le pseudonyme « Africatechie », elle construit une audience de plusieurs centaines de milliers d’abonnés, qu’elle utilise pour dénoncer les clichés sur l’Afrique, valoriser ses innovations technologiques et interpeller directement les dirigeants sur leurs politiques numériques.

Cet engagement dépasse le seul registre technologique. Avec dix-neuf autres femmes camerounaises, elle interpelle le FMI et l’ONU pour réclamer une enquête sur le détournement présumé des aides liées au Covid-19. Le 10 août 2021, elle est arrêtée à Douala, officiellement pour « outrage à magistrat » sur instruction verbale, une arrestation qui suscite une vague d’indignation internationale et fait naître le hashtag #FreeRebecca sur les réseaux sociaux.

 

Une reconnaissance internationale multipliée

Les distinctions s’accumulent au fil des années : Forbes la classe parmi les dix femmes fondatrices de la tech à suivre en Afrique en 2014, puis parmi les cinquante femmes les plus influentes du continent ; New African la cite régulièrement parmi les personnalités africaines les plus influentes ; Black Enterprise la distingue en 2014. En 2022, elle est élue membre international de la Royal Academy of Engineering du Royaume-Uni. Elle préside par ailleurs le jury de l’Africa Prize for Engineering Innovation et siège au conseil d’administration de la WHO Foundation, qui soutient l’Organisation mondiale de la santé.

Trente ans après ses premiers pas de vendeuse de journaux à Washington, Rebecca Enonchong incarne aujourd’hui un pont entre l’entrepreneuriat technologique africain et les instances économiques mondiales, un chemin qu’elle a tracé, selon ses propres mots, avec la conviction que l’accès à internet est « l’oxygène d’une économie numérique ».

Amira Ngoussa 

Publié le : 29/07/2026 à 10h00

Categories: Autres Portrait

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