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Au Burkina Faso, les concours de beauté sont suspendus depuis juin 2026. Trois mois plus tard, 84 jeunes filles ont pris part à la première édition de « Hakili Mousso », une compétition nationale consacrée aux mathématiques, à la physique et à la chimie. Une nouvelle manière de mettre en lumière les talents féminins.

Le Burkina Faso revoit progressivement la manière dont il encadre et valorise certaines compétitions féminines. Le 8 juin 2026, le ministère de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme a annoncé la suspension de l’organisation de tous les concours de beauté sur l’ensemble du territoire national. La mesure, signée par le ministre Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, concerne les compétitions nationales comme régionales et locales, et doit rester en vigueur jusqu’à l’adoption de nouveaux textes. Aucune durée n’a été communiquée.

Dans son communiqué, le ministère invoque notamment la préservation et la valorisation du patrimoine culturel burkinabè, le respect de l’identité culturelle nationale, des valeurs morales et sociales, ainsi que des principes d’éthique et de dignité humaine. Aucune nouvelle autorisation de concours de beauté ne doit être délivrée pendant cette période transitoire.

En mi-septembre 2026, à Ouagadougou, une compétition mettant cette fois les compétences académiques des jeunes filles est sous les projecteurs. Baptisé « Hakili Mousso », le concours national de détection de talents scientifiques féminins est une initiative du président du Faso, destinée à encourager l’excellence des filles dans les disciplines scientifiques. Il était ouvert aux bachelières de la session 2026, âgées de 21 ans au plus et remplissant les conditions de moyenne requises selon les séries scientifiques. Après une sélection régionale, 84 candidates ont participé à la phase finale à Ouagadougou.

Pendant la compétition, les candidates ont été évaluées en mathématiques, physique et chimie. Elles avaient auparavant passé une semaine d’immersion et de préparation en internat au Lycée scientifique national de Ouagadougou.

L’objectif affiché dépasse la simple organisation d’un concours. Hakili Mousso entend encourager les filles à investir davantage les filières scientifiques et contribuer à déconstruire les préjugés qui freinent encore leur engagement dans ces disciplines.

15 lauréates distinguées

La cérémonie de distinction s’est tenue le samedi 19 septembre 2026 à Ouagadougou. Placée sous le haut patronage du président Ibrahim Traoré, elle était présidée par le Premier ministre Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, en présence du ministre de l’Enseignement supérieur, le Pr Adjima Thiombiano. Quinze jeunes filles ont été récompensées, soit cinq dans chacune des trois disciplines.

En chimie, Inès Nikiema arrive en tête avec 18,73/20, devant Nicole Yaméogo (18,38/20) et Aminata Traoré (17,69/20).

En physique, Aminata Traoré obtient la première place avec 15/20, suivie de Goumbri H. Jessica (14,50/20) et d’Ella Esther Ouattara (13,75/20).

En mathématiques, Adjaratou Bama termine première avec 14,25/20, devant Tapsoba Fadia (12,63/20) et Awa Onadja (12,50/20).

Les récompenses comprenaient des sommes allant de 500 000 à 2 millions de FCFA, des motos, des ordinateurs, des bourses et des bons de carburant. Les informations communiquées lors du lancement indiquaient aussi que les 84 finalistes devaient bénéficier d’un accompagnement pour leurs études supérieures : logement, restauration, transport gratuit et assurance maladie.

Le concours ne s’est pas limité aux performances des candidates. Les enseignants référents des lauréates classées premières ont eux aussi été distingués, avec notamment des motos, des bons de carburant et une villa.

Le Premier ministre a insisté sur le rôle des enseignants et des parents : pour lui, la distinction des encadreurs est un appel à renforcer le soutien apporté aux jeunes filles tout au long de leur parcours scientifique.

Un enjeu qui dépasse la compétition

Selon les données présentées par la ministre conseillère spéciale du président du Faso, Floriane Zongo, les filles représentaient 36,7 % des effectifs des filières scientifiques en 2025-2026, contre 59,5 % dans les filières non scientifiques. La progression est réelle : elles n’étaient que 28,1 % en 2022. Floriane Zongo a présenté Hakili Mousso comme une réponse à cette sous-représentation.

Le 21 septembre, le président du Faso a reçu les lauréates et les meilleurs enseignants à Koulouba. La présidence a présenté cette rencontre comme une « rentrée », avec une master class d’une heure consacrée à l’importance des sciences dans le développement. Le chef de l’État y a précisé que le concours ne relevait pas d’une politique du genre opposant femmes et hommes, mais d’une « politique d’élite », visant à orienter les femmes vers des métiers jugés utiles au pays.

Reste désormais à voir si cette première édition permettra, dans la durée, d’augmenter la présence des jeunes femmes burkinabè dans les formations scientifiques, technologiques et, demain, dans les secteurs de recherche et d’innovation.

Danielle Douanla

Publié le : 05/10/2026 à 17h30

Categories: Culture

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