Le gouvernement sud-coréen prévoit une introduction progressive des médicaments destinés à l’interruption de grossesse. Le dispositif concernerait les femmes enceintes de neuf semaines au maximum et commencerait par une délivrance exclusivement hospitalière.
La Corée du Sud prévoit d’introduire les pilules abortives au premier trimestre 2027, sous réserve de l’aboutissement des procédures réglementaires. Le projet a été annoncé mercredi 16 septembre 2026 lors d’une réunion gouvernementale à Séoul, à laquelle ont présenté le dispositif les ministères de l’Égalité des genres et de la Famille, de la Santé et de la Sécurité alimentaire et pharmaceutique.
Le traitement serait dans un premier temps réservé aux grossesses allant jusqu’à neuf semaines. Durant les deux premières années, la prescription et la délivrance se feraient directement dans les hôpitaux. Si les conditions nécessaires sont réunies, le système évoluerait ensuite vers une prescription par le médecin et une délivrance en pharmacie.
Le ministère de la Sécurité alimentaire et pharmaceutique examine actuellement une demande d’autorisation pour des médicaments destinés à interrompre une grossesse jusqu’à 63 jours, soit neuf semaines. Leur sécurité, leur efficacité et leur qualité doivent encore être évaluées avant leur autorisation définitive.
Un changement après sept années de vide juridique
Cette réforme intervient dans un contexte particulier. En avril 2019, la Cour constitutionnelle sud-coréenne a jugé anticonstitutionnelle l’interdiction pénale de l’avortement et demandé au Parlement de revoir la législation. La réforme attendue n’a cependant pas abouti dans le délai fixé, laissant le pays sans nouveau cadre complet pour organiser l’accès à l’avortement.
Le gouvernement estime que cette situation a favorisé le recours à des méthodes ou à des médicaments non vérifiés. La Première ministre Han Seong-sook a ainsi défendu la nécessité de permettre aux femmes concernées d’être prises en charge dans le système médical plutôt que de recourir à des méthodes présentant des risques. Elle a également précisé que la mesure était présentée comme une question de santé et de sécurité, et non comme une incitation à l’avortement.
Sur quelles conditions ?
Le projet concerne donc les grossesses de neuf semaines maximums. L’accès se ferait dans un cadre médical permettant notamment de déterminer le terme de la grossesse et d’assurer la sécurité de la patiente.
Il ne s’agit pas de rétablir l’ancien système dans lequel l’avortement était limité à certaines situations prévues par la loi. Le dispositif annoncé vise plutôt à organiser l’accès médical à l’interruption de grossesse précoce, sans exiger qu’une femme démontre que sa grossesse résulte d’un viol ou qu’elle met sa vie en danger.
Les modalités précises de prise en charge, notamment les conditions applicables à certaines patientes et les règles médicales détaillées, doivent encore être fixées.
Le projet suscite déjà des réactions divergentes en Corée du Sud. Des organisations de défense des droits des femmes demandent notamment un accès rapide aux médicaments, tandis que des représentants du corps médical et des organisations religieuses réclament davantage de garanties avant leur introduction.
Si le processus réglementaire aboutit, les premières pilules abortives pourraient donc être disponibles dans les hôpitaux sud-coréens au début de 2027.
Danielle Douanla
Publié le : 24/09/2026 à 10h30